Les gourdes oubliées dans les salles de tennis de table sont devenues un véritable phénomène. Après chaque compétition ou fin de saison, les clubs récupèrent assez de bouteilles pour ouvrir leur propre magasin.
🏓 Cher Ping,
Il existe dans notre sport un phénomène aussi régulier qu’une contestation après un service : à la fin d’une compétition, d’un stage ou d’une saison, les salles se retrouvent remplies de gourdes abandonnées.
Des rouges, des bleues, des transparentes, des cabossées… Certaines restent tellement longtemps dans le local des objets trouvés qu’elles finissent par connaître le code de l’alarme. À partir de septembre, on ne sait plus s’il faut les rendre à leur propriétaire, leur prendre une licence ou les engager en championnat par équipes.
Le plus drôle, c’est que ces gourdes sont généralement parfaitement identifiables. Elles portent le logo du club, celui du comité, celui de la Ligue, parfois celui de la Fédération, de la région, du département et de trois partenaires privés… Il ne manque qu’une seule information : le prénom de la personne à qui elles appartiennent.
On sait donc précisément qui a financé la gourde, qui l’a distribuée, lors de quelle compétition elle a été offerte et quelle entreprise fabrique les fenêtres du gymnase… mais absolument pas à qui il faut la rendre.
Le pongiste est pourtant capable de surveiller sa raquette pendant huit heures comme si elle contenait les codes nucléaires. Il vérifie ses plaques, photographie son matériel, range sa housse dans un sac lui-même placé sous la surveillance d’un coéquipier. Mais au moment de partir, la gourde posée à trente centimètres devient soudainement un élément du mobilier municipal.
Au mois de juin, certains clubs possèdent ainsi suffisamment de stock pour organiser leur propre salon professionnel : « Gourde Expo 2026 : cinquante modèles disponibles, aucun propriétaire connu. »
Il faut reconnaître que le sujet mérite une réflexion de nos instances. Pas une critique, évidemment : une véritable occasion de mettre à profit leur immense expérience réglementaire. Puisqu’on sait modifier une formule de championnat, ajouter une annexe au règlement et publier ensuite une note pour expliquer l’annexe, on devrait pouvoir résoudre le problème.
Je propose donc que chaque gourde soit désormais homologuée, numérotée et inscrite sur la feuille de rencontre. Le contrôle se ferait avant la partie : raquette, maillot, licence et bouchon réglementaire. Toute gourde abandonnée entraînerait un avertissement. À la troisième récidive, le joueur serait condamné à repartir avec tout le carton des objets trouvés, y compris les deux chaussettes orphelines et le vieux survêtement taille 12 ans présent depuis 2017.
On pourrait aussi créer une commission nationale de la gourde, avec des référents régionaux, départementaux et locaux. Sa première mission serait révolutionnaire : proposer aux joueurs d’écrire leur prénom dessus. Évidemment, il faudrait d’abord vérifier que cette mesure ne nécessite pas une modification des statuts.
Parce que derrière la plaisanterie, il y a quand même un petit problème. On parle d’écologie, de réduction des déchets et de consommation responsable, mais on abandonne des dizaines de gourdes réutilisables dans chaque salle. On les oublie, on en rachète une, puis on oublie la nouvelle. Finalement, le seul élément vraiment durable, c’est le carton que les bénévoles conservent pendant des années dans l’espoir qu’un propriétaire se manifeste.
Cher Ping, avant de modifier une nouvelle fois un règlement, lançons une réforme réellement ambitieuse : inscrire son prénom sur sa gourde et repartir avec.
C’est simple, gratuit et immédiatement applicable.
Autant dire qu’il va probablement falloir créer un groupe de travail.

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