Réflexion • Féminisation

Et si le Ping 4–7 ans devenait aussi un levier de féminisation ?

Le tennis de table cherche depuis plusieurs années à attirer davantage de féminines. Et si une partie de la réponse se trouvait dans un dispositif qui existe déjà : le Ping 4–7 ans ? À condition peut-être de l’imaginer autrement, en y associant toute la famille.

La féminisation reste l’un des grands enjeux du tennis de table français.

Les femmes restent très minoritaires parmi les licenciés FFTT et leur présence se réduit encore lorsque l’on observe certaines pratiques compétitives.

Création de créneaux féminins, équipes féminines, tournois ouverts aux non-licenciées, formation de dirigeantes ou d’entraîneures : plusieurs pistes existent déjà.

Mais cherchons-nous suffisamment de nouvelles portes d’entrée vers le tennis de table ?

La compétition ne peut pas être l’unique porte d’entrée

Les statistiques que nous avons récemment évoquées sur AURATT montrent notamment combien la représentation féminine diminue lorsqu’on observe certaines pratiques compétitives.

Cela ne signifie évidemment pas que les femmes n’aiment pas la compétition. Une telle conclusion serait trop rapide.

L’environnement du club, l’offre proposée, les horaires, la convivialité, la manière d’entrer dans l’activité ou encore la capacité à créer un groupe peuvent aussi jouer un rôle important.

Si les formats traditionnels attirent principalement un public masculin, il peut être intéressant de ne pas chercher uniquement à convaincre davantage de femmes d’intégrer ces mêmes formats.

Partir du Ping 4–7 ans

Le dispositif Ping 4–7 ans semble particulièrement intéressant pour cela.

Il repose déjà sur une découverte ludique du tennis de table autour de la motricité, de la coordination, de la manipulation de balle et du jeu.

Mais pourquoi limiter systématiquement la séance à l’enfant ?

À 4, 5 ou 6 ans, le parent est souvent présent. Il accompagne son enfant jusqu’à la salle, attend parfois pendant la séance… puis repart avec lui.

Et si on faisait entrer le parent dans l’activité ?

Un peu comme les bébés nageurs

L’idée pourrait s’inspirer, dans son esprit, des séances de bébés nageurs. Pas pour reproduire exactement leur fonctionnement, mais pour reprendre un principe simple : faire de l’activité un moment partagé entre l’enfant et l’adulte.

On pourrait ainsi imaginer un créneau de Ping en famille 4–7 ans composé de plusieurs temps.

🏓 Motricité et ping Jeux avec la balle, déplacements, coordination et premières manipulations de raquette.
👨‍👩‍👧 Parent-enfant Exercices et petits jeux réalisés ensemble avec maman, papa, un grand-parent ou un accompagnant.
☕ Convivialité Un café, un jus ou un petit gâteau pour permettre aux familles d’échanger.
📚 Temps calme Une petite histoire, un moment de lecture ou une activité plus posée.
🧠 Éveil cognitif Jeux de mémoire, couleurs, formes, concentration ou observation.
🎨 Découverte Pourquoi pas ponctuellement une activité créative avant de revenir autour de la table.

Le ping resterait le fil conducteur de la séance, mais celle-ci ne serait plus pensée comme un simple entraînement miniature.

Elle deviendrait un rendez-vous d’éveil, de jeu, de découverte et de convivialité.

Accueillir une famille plutôt qu’un licencié

C’est probablement le changement de regard le plus important.

Lorsqu’un enfant de 5 ans arrive dans un club, pourquoi considérer uniquement cet enfant comme un pratiquant potentiel ?

Autour de lui se trouve une famille. Et cette famille peut elle aussi découvrir le club.

Une maman accompagne son enfant. Elle participe à quelques exercices. Elle discute avec les autres parents autour d’un café. Elle prend une raquette. Elle tape quelques balles.

La semaine suivante, elle revient d’abord parce que son enfant souhaite retrouver ses copains. Mais elle retrouve également les autres parents.

Puis elle commence peut-être elle-même à prendre plaisir à jouer.

C’est précisément là que le lien avec la féminisation devient intéressant.

Faire entrer des femmes qui ne seraient jamais venues seules

Créer un créneau féminin peut fonctionner. Organiser un tournoi destiné aux non-licenciées également. Mais ces dispositifs demandent déjà à une femme de faire une première démarche vers le tennis de table.

Avec un dispositif familial, le mécanisme serait différent.

Elle vient d’abord pour son enfant.

Elle ne pousse pas nécessairement la porte du club en se disant : « Je vais essayer le tennis de table. »

Elle la pousse parce qu’elle accompagne son fils ou sa fille.

La découverte du ping vient ensuite, naturellement.

Cela pourrait permettre de toucher des femmes qui ne se seraient jamais inscrites spontanément à un entraînement adulte ou à une activité sportive organisée autour de la compétition.

Ne surtout pas créer « le ping des mamans »

Il faudrait néanmoins éviter un piège.

L’objectif ne serait absolument pas de créer une séance réservée aux mères.

Le dispositif devrait être ouvert aux mamans, papas, grands-parents, familles et accompagnants.

La féminisation serait une conséquence possible du dispositif, pas une condition d’accès.

Une politique de féminisation ne consiste pas nécessairement à inscrire « réservé aux femmes » sur chaque nouvelle action.

Elle peut aussi consister à créer des environnements dans lesquels davantage de femmes trouvent naturellement leur place.

La convivialité n’est pas accessoire

Le café et le petit gâteau peuvent sembler anecdotiques face à la technique ou à l’entraînement. Ils ne le sont pas forcément.

Parce que la fidélisation passe aussi par les relations humaines.

Si plusieurs familles se retrouvent chaque semaine, les enfants créent des liens. Les parents aussi.

Petit à petit, on ne vient plus seulement faire du ping. On vient retrouver un groupe.

Imaginer une passerelle vers la pratique adulte

Ce dispositif pourrait également constituer le premier étage d’un véritable parcours.

Ping 4–7 ans en famille ↓ Découverte du ping par les parents ↓ Temps de jeu entre adultes ↓ Créneau loisir ou pratique libre ↓ Licence et pratique régulière pour celles et ceux qui le souhaitent

La compétition pourrait évidemment arriver ensuite pour certaines et certains.

Mais elle ne serait plus nécessairement le point autour duquel tout le parcours est construit.

Et si la féminisation commençait par l’accueil ?

Peut-être faut-il finalement ajouter un mot à la réflexion autour de la féminisation : accueillir.

Accueillir autrement.

Créer des moments où le club devient aussi un lieu de rencontre, de découverte et de vie sociale.

Le Ping 4–7 ans possède déjà une philosophie basée sur le jeu, l’éveil et la découverte.

Pourquoi ne pas profiter de cette période particulière de la vie de l’enfant, où les parents sont encore très présents, pour proposer quelque chose de plus large ?

Ping en famille 4–7 ans Bouger • Jouer • Découvrir • Partager

Ce ne serait évidemment pas une solution miracle à la féminisation.

Mais cela pourrait constituer une porte d’entrée supplémentaire, capable de toucher des familles et des adultes qui ne seraient peut-être jamais venus spontanément vers le tennis de table.

Si nous voulons accueillir de nouveaux publics dans nos salles, il faudra peut-être parfois arrêter de leur demander de s’adapter au club… et commencer aussi à imaginer un club capable de s’adapter à eux.

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