Le tennis de table français bat des records… mais les chiffres racontent surtout une mutation profonde
Avec 254 110 licences en 2024-2025, la FFTT atteint un record historique. Mais derrière cette progression spectaculaire, les statistiques montrent surtout autre chose : le ping français ne fait pas seulement plus de licenciés, il change de population.
licences en 2024-2025
en une saison
de licences loisirs
Le Covid est désormais largement derrière
La saison 2020-2021 avait évidemment constitué un point bas très particulier. La FFTT comptait alors 83 938 licences compétition et seulement 42 237 licences loisir.
Dès la saison suivante, le rebond est net : 93 413 licences compétition et 65 212 licences loisir. Puis la progression continue : 102 178 / 75 242 en 2022-2023, 106 716 / 76 427 en 2023-2024, pour atteindre 120 698 licences compétition et dirigeants et 102 235 licences loisir en 2024-2025.
La vraie explosion vient du loisir
C’est probablement le chiffre le plus spectaculaire de tout le bilan fédéral : les licences loisirs passent de 76 427 à 102 235 entre 2023-2024 et 2024-2025.
Soit une hausse d’environ 34 % en une seule saison.
La compétition progresse elle aussi fortement, mais moins vite. Et c’est là qu’une question commence à se poser : le tennis de table français devient-il progressivement un sport davantage pratiqué qu’il n’est compétitif ?
Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Bien au contraire. Mais cela signifie probablement que les clubs vont devoir s’adapter à des publics qui ne viennent pas tous pour jouer le championnat par équipes le week-end.
Le ping attire davantage. Mais tout le monde ne vient plus forcément chercher la même chose.
254 110 licences… mais pas 254 110 compétiteurs
Le chiffre record doit également être remis dans son contexte. Les licences fédérales sont aujourd’hui réparties entre plusieurs formes de pratique : compétition et dirigeants, loisir, découverte et événementielle.
Les licences compétition/dirigeants et loisirs représentent à elles seules 222 933 licences en 2024-2025. Le reste provient donc des autres dispositifs.
Cela n’enlève rien au record. Cela montre simplement que la croissance de la Fédération repose aussi sur une diversification des portes d’entrée vers le tennis de table.
La féminisation progresse… mais presque pas en compétition
C’est probablement le point le moins flatteur de ces statistiques.
En 2020-2021, les femmes représentaient environ 20 % des licences loisirs, mais seulement 9 % des licences compétition. En 2021-2022, cette proportion monte à peine à 10 % en compétition.
Et en 2024-2025, la situation reste quasiment identique :
| Type de licence | Part des femmes |
|---|---|
| Compétition | 10 % |
| Loisir | 20 % |
| Découverte | 35 % |
| Événementielle | 44 % |
| Total | 18 % |
Autrement dit, les femmes viennent au tennis de table. Elles sont même très présentes dans les licences découverte et événementielles. Mais plus on se rapproche de la pratique compétitive traditionnelle, plus leur proportion chute.
Il semble surtout être de les faire entrer, puis rester, dans la pratique compétitive.
Les filles arrivent jeunes… puis le décrochage est brutal
Les statistiques par âge sont encore plus parlantes.
En 2023-2024, les féminines représentaient 28,6 % chez les poussins, puis 20,5 % chez les benjamins, avant de tomber à 12,1 % chez les minimes et 10,3 % chez les cadets.
La FFTT elle-même souligne dans son bilan suivant une forte féminisation chez les poussines, avant une baisse importante autour de la période du collège.
La question devient donc moins : « Comment attirer davantage de filles ? » que : « Pourquoi les perd-on quelques années plus tard ? »
Et cette question concerne tout le monde : clubs, comités, ligues et Fédération. Organisation des groupes, environnement des compétitions, encadrement, fidélisation, offre sportive… Les chiffres permettent de constater le phénomène, mais pas encore de l’expliquer.
Le pongiste français est aussi très largement adulte
Autre élément visible : le poids des vétérans. En 2024-2025, ils constituent la catégorie la plus représentée dans les statistiques fédérales, tandis que les juniors sont les moins nombreux.
Il faut évidemment rester prudent : la catégorie vétérans regroupe une amplitude d’âge bien plus large qu’une catégorie jeune. Comparer directement les volumes serait donc trompeur.
Mais le constat général reste intéressant : le développement actuel du ping ne repose pas uniquement sur les enfants et la formation des futurs compétiteurs. Les adultes, les joueurs qui reprennent et les pratiquants loisirs occupent une place considérable.
Plus de licenciés… mais les clubs devront suivre
La croissance des effectifs est une excellente nouvelle. Mais elle pose mécaniquement une autre question : les clubs ont-ils les moyens d’absorber cette progression ?
Davantage de joueurs signifie davantage de besoins en créneaux, en encadrement, en salles, en relance et en organisation. Et un club construit historiquement autour du championnat par équipes n’est pas forcément organisé pour accueillir plusieurs dizaines de nouveaux pratiquants loisirs.
Le défi des prochaines années ne sera donc peut-être plus seulement de recruter.
Le ping français ne grandit pas seulement : il change.
Le loisir progresse beaucoup plus vite que la compétition. Les femmes sont nombreuses dans les licences de découverte mais restent extrêmement minoritaires en compétition. Les petites filles entrent dans les clubs avant qu’une partie importante d’entre elles ne disparaisse à l’adolescence. Et les adultes et vétérans représentent une part majeure de la population pongiste.
Attirer davantage de monde est une réussite. Être capable de l’accueillir, de le fidéliser et de lui proposer une pratique adaptée sera probablement le prochain défi.
Sources : statistiques FFTT, saisons 2020-2021 à 2024-2025.

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